HOMMAGE A RENE KAËS décédé le 1er février 2026
Son œuvre et sa pensée ont profondément marqué notre champ de la thérapie familiale et de couple psychanalytique, et nombre d’entre nous ont lu et relu ses travaux, qui continuent de nourrir nos pratiques auprès des familles et des couples.
L’ancienneté de notre association a permis que certains de ses membres aient pu le rencontrer, le côtoyer, se former à ses côtés ou croiser son chemin à l’occasion de formations ou d’ateliers. D’autres, sans l’avoir rencontré personnellement, ont été accompagnés durablement par ses écrits.
Quelques membres de Psyfa ont accepté, avec générosité, de partager la manière dont ils l’ont rencontré, connu ou découvert.
Nous vous proposons de découvrir, à travers ces témoignages, différentes facettes des liens qui unissent notre association à RenéKAËS— des liens que nous continuerons à faire vivre à travers ses apports théoriques et leur transmission.
Le Bureau de Psyfa
Hommage à RENÉ KAËS : Une brève rencontre….
Par Marthe BARRACO-DE PINTO
RENE KAES s'est éteint.
Comment puis-je lui rendre hommage moi qui n'ai pas fait partie de ses proches, qui n'ai pas fait partie de ses collaborateurs, qui l'ai seulement entendu donner des conférences et beaucoup lu et qui ne l'a croisé et échangé avec lui qu'une seule fois ?
Peut-être alors, juste en évoquant cette rencontre : C'était à l'un des congrès de Hyères organisé par Pierre Benghozi. Je devais animer un atelier. C'était il y a bien des années, bien avant le Covid, bien avant que René Kaës ne puisse plus honorer de sa présence ce moment d’échanges qu’il appréciait, bien avant qu'il ne fasse lire sa lettre, en introduction de la journée où il nous souhaitait un fructueux travail en bienvenue et disait son regret de ne pouvoir nous rejoindre, bien avant aussi que sa maladie des derniers temps le rende silencieux et son absence lourde.
Ce jour-là donc, il avait donné sa conférence en matinée et l'après-midi, comme tout un chacun, il avait franchi, tout seul, la porte de mon, (je devrais dire notre, car nous étions plusieurs) atelier.
J'avais été surprise, je l'avais accueilli comme un hôte de marque ! Installé au premier rang. Son visage poupin, souriait. Tout aimable, il m'en a remercié chaleureusement, alors que moi intérieurement, je me disais que c'était à moi de le faire pour cette attention ! il était resté discret et attentif, humble dans son écoute. Je ne me souviens pas de mon intervention ... Elle devait porter sur la petite enfance. Ce n'était pas spécialement son domaine. Il était venu en curieux. Peut-être aussi avec sa sensibilité pour ce moment de la vie où l'imagination excelle. De l'imagination, il en faut aussi au chercheur pour élaborer de nouvelles théories et René Kaës en a largement déployées.
Est-ce que des ponts avec ce monde infantile venaient résonner pour lui, ce jour-là ? Je pense à son livre CONTES et DIVANS que l'on cite trop peu à mon goût, moi qui ai fait du miel à partir des histoires !
Est-ce que notre admiration, notre gratitude envers tous ses apports ont-ils été suffisamment enveloppants et soutenants pour lui avant qu'il ne nous quitte ? J’espère qu'il en a bénéficiés.
Ces quelques mots, aujourd'hui, ici, pour soutenir les souvenirs que nous garderons de ce grand homme.
Marthe Barraco-De Pinto
Psychologue TFP-Psyfa
Présidente d'En Faim de Contes (association de conteurs-amateurs)
Hommage à RENÉ KAËS : Un compagnon de travail et de recherche…
Par Geneviève DJENATI
René Kaës a profondément marqué la pensée psychanalytique contemporaine. Je ne l’ai rencontré qu’à travers ses ouvrages. Pourtant il a été toujours été un compagnon de travail et de recherche.
Il nous a offert des outils essentiels pour penser le sujet dans ses appartenances. Sa pensée des groupes, du lien, de l’intersubjectivité et des alliances inconscientes a ouvert des perspectives décisives tant pour le travail groupal et familial qu’institutionnel.
Son œuvre continuera à accompagner nos pratiques. Elle demeure vivante et continue à nourrir notre réflexion clinique et notre travail de transmission.
Geneviève Djenati
Hommage à un ami….
Par Philippe ROBERT
Qu’est-ce que rendre hommage, au fond ? C’est tenir la main de l’autre le plus longtemps possible. C’est dire le manque, la tristesse, la perte. C’est témoigner sa reconnaissance pour un apport qui reste présent et actif. Bien sûr, l’œuvre de René Kaës ouvre des chemins de filiation, de pensées ; je pense que la plupart d’entre nous le savent et les transmettent, chacun à sa façon.
Rendre hommage c’est dire sa gratitude en l’occurrence à l’auteur d’une œuvre vivante, mais c’est aussi au-delà dire la vérité d’une rencontre humaine. Ophélia Avron disait : « On ne sait jamais vraiment ce qui nous rend un autre sympathique ». Il y a toujours une part d’inconnu dans la rencontre et le partage. Je ne sais pas au fond pourquoi j’aimais René Kaës. Un témoignage ne peut être que personnel, permettant toutefois de faire écho à un moment ou à un autre.
J’aurais tellement d’anecdotes à raconter dans des souvenirs ancrés, pour longtemps. Il n’avait ni fausse pudeur ni fausse modestie. Il était rigoureux, ouvert, soutenant et à l’écoute des autres. Il pouvait aussi, par ailleurs, parler de ses doutes et de ses douleurs comme un homme…
Parler des qualités d’un homme justement, c’est bien, mais comment ces mêmes qualités peuvent-elles s’harmoniser comme les instruments d’un orchestre ? Je me souviens de la joie qu’il avait ressentie dans une dernière répétition de chorale ; il avait pu éprouver un moment de grâce dans un « être ensemble ».
« Comment savons-nous ce que nous savons ? » disait-il. Au-delà même des recherches cliniques et scientifiques, la question centrale et, trop souvent inhabitée, est celle du sens de la vie. Je pense qu’il m’a aidé à cheminer sur cette voie.
Jusqu’à ses derniers jours, il a été entouré par ses proches et à titre personnel je voudrais remercier Guy Gimenez qui a pu être présent jusqu’au bout. Malgré des moments très douloureux René aimait la vie, il aimait penser, mais aussi rire et faire la fête. C’est avec une profonde nostalgie que je l’entends encore chanter : « Nous prendrons le temps de vivre… »
Philippe Robert
Hommage à un mensch….
Par Régine WAINTRATER
Un proverbe arabe dit : "Quand quelqu'un meurt, ses jambes s'allongent", pour ironiser sur le concert de louanges qui s'élèvent toujours devant la dépouille d'un défunt.
René Kaës n’a pas besoin que ses jambes s’allongent.
Grand, il l’était par sa pensée toujours en mouvement et son exigence intellectuelle parfois impressionnante. Une pensée faite pour être partagée, discutée, et surtout pas fétichisée.
Mais pour moi, René Kaës, c’est d’abord un accueil.
Je me souviens de la façon dont il m’a reçue, il y a des années, alors que je venais, intimidée, lui demander de m’accepter en thèse. Je ne pouvais faire état de notes particulièrement brillantes, car j’avais repris des études et passé un DEA après une vie à l’étranger et de nombreuses années loin de l’université. Dans son bureau de Lyon 2, qui, au fil du temps, m’est devenu si familier, il ne m’a rien dit du mémoire que je lui avais envoyé, et dont je n’étais guère fière. Il m’a fait parler de moi, de mon itinéraire, des raisons qui me conduisaient à vouloir entrer en doctorat, le tout avec courtoisie, gentillesse mais aussi fermeté. A l’issue de cet entretien, il m’a simplement dit « qu’il serait heureux de me diriger dans cette voie ».
C’est ainsi que j’ai eu la chance de cheminer auprès de lui pendant plus de six ans, à raison d’une fois par mois, où je me rendais à Lyon pour suivre son séminaire et m’entretenir avec lui de mon travail.
Il a su me guider, avec l’autorité naturelle d’un maître qui n’a pas besoin de s’affirmer autrement que par sa présence et son écoute.
A un moment particulièrement difficile pour moi, il a montré son humanité, sans craindre d’outrepasser les limites d’une relation universitaire, sûr qu’il était que la dimension personnelle est un aspect fondamental de toute relation. Avec empathie et fermeté, il m’a ramenée au travail que j’étais sur le point d’abandonner. Et je n’ai pas fini de lui en être reconnaissante. J’entends encore sa voix, douce et posée, son rire, et la façon qu’il avait d’écouter avec sérieux tout un chacun, sans impatience ni condescendance. Chez ce grand penseur, on pouvait sentir l’homme qui aimait les autres, mais aussi la vie et ses plaisirs, ce qui en faisait un compagnon fort agréable. D’autres qui l’ont mieux connu le disent, mais c’était perceptible dans toute sa façon d’être.
En yiddish, il existe un mot très fort mais très simple, qui désigne une personne de bien : c’est le mot mensch, dans lequel les germanisants reconnaîtront la racine du mot allemand qui signifie Homme au sens d’humain.
René était un mensch et a su le rester jusqu’au bout, en dépit de l’adversité qui a assombri ses dernières années.
Merci, René, de m’avoir initiée aux arcanes du groupe, des alliances inconscientes, des pactes dénégatifs et tous les concepts au fondement de la métapsychologie groupale. Et surtout, merci de l’avoir fait avec rigueur et modestie, en véritable mensch que vous étiez et qui nous manque déjà aujourd’hui.
Régine Waintrater
